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Discours du Premier Mai 1998.

 Discours du 1er mai 1998
 Philippe MAHOUX, président de l’Union nationale des Mutualités socialistes
 Nous fêtons aujourd’hui le 1er mai. Il est bon je pense de rappeler
 l’événement qui fonde cette fête.
 Le 1er mai 1886, à Chicago, 400.000 travailleurs américains arrêtent le
 travail. Ils revendiquent la journée de huit heures. Lors d’une grande
 manifestation la police tire, il y a des blessés et des morts. Il y aura aussi
 des arrestations et des peines capitales seront prononcées contre des militants
 qui seront exécutés.
 Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est la cause défendue si âprement
 par ces victimes.
 C’est la fête du monde du travail en marche, c’est la fête de la
 démocratie. Car, ce qui soutendait le combat des hommes et des femmes de 1886
 c’était l’adhésion à des valeurs de liberté, d’égalité et de
 solidarité. C’était le constat de la non-application de ces valeurs par
 une société inégale, injuste, d’exploitation. C’était l’analyse
 de rapport de force entre opprimés et oppresseurs, oppresseurs, détenteurs de
 l’argent et du pouvoir.
 Le combat de ces humanitaires (on ne les qualifiait pas ainsi à l’époque)
 a construit la démocratie, le suffrage universel, qui a 50 ans cette année,
 avec le vote des femmes, la sécurité sociale, le droit des travailleurs dans
 les entreprises.
 Ce sont ces militants dont nous sommes les héritiers.
 A cet égard, permettez -moi de rappeler deux réalités
 Selon des chiffres des Nations Unies et de la Banque mondiale, les inégalités
 entre groupes sociaux ont doublé en trente ans. En 1960, la tranche la plus
 aisée de l’humanité représentait un cinquième de la population mondiale et
 elle était trente fois plus riche que le cinquième le plus pauvre de cette même
 population. En 1990, le cinquième le plus riche de la population mondiale était
 soixante fois plus riche que les autres. Aujourd’hui, les cent personnes
 les plus riches du monde ont une fortune supérieure à tout ce que possèdent un
 milliard et demi d’habitants de la planète réunis. A l’échelle de la
 planète, et nous nous sommes socialistes internationalistes, le constat est
 grave.
 Par ailleurs, dans notre pays, une étude, menée conjointement depuis 1992 par
 les universités de Liège et d’Anvers lève, à cet égard, un coin du voile :
 dans certaines de nos régions, le sentiment de pauvreté atteint quelque 40 %
 alors que la pauvreté objective n’est que de 3 %. En décembre 1994, une
 enquête de l’Eurobaromètre montrait que près de 40 % de la population
 interrogée se déclarait insatisfaite du fonctionnement de la démocratie en
 Belgique.
 Face à un monde en plein bouleversement, le sens des changements qui
 interviennent demeure souvent incompréhensible pour le citoyen. Malheureusement
 l’action aussi reste souvent méconnue. Cela engendre frustration,
 impression que rien ne bouge, idée que tout va plus mal, climat qui a son tour
 démobilise.
 Il y a quelque injustice à ce climat. Nous n’avons pas à rougir du travail
 accompli depuis 1988 par les socialistes qui ont accepté de prendre leurs
 responsabilités en participant au pouvoir dans une époque où il est plus payant
 de dénoncer ce qui ne va pas que de tenter d’y remédier.
 Comme président de l’Union nationale des Mutualités socialistes, vous me
 permettrez donc de rappeler quelques évidences que la morosité actuelle fait
 oublier.
 Ainsi, notre pays possède l’un des systèmes de santé les plus performants.
 On ne le doit pas à l’air du temps. On le doit au travail accompli par les
 responsables socialistes, et parmi eux les mutualistes.
 Depuis des années, les mutualités socialistes sont confrontées à une question
 en forme de défi : comment concilier l’accès de tous à des soins de
 qualité en tenant compte des contraintes nouvelles et plus sévères de
 l’économie ? Leur réponse tient en une formule de principe à laquelle
 elles n’ont cessé d’être fidèle. Que dit cette formule ? Que dans un
 contexte bouleversé par les mutations économiques, par les contraintes des
 marchés et par la mondialisation des échanges, garantir l’essentiel de
 notre système de protection social et d’accès à la santé constitue la
 vraie attitude progressiste.
 S’inscrire dans le progrès, ce n’est pas accepter la loi dangereuse
 du "laissez-faire" et son corollaire de résignation du genre "on verra bien
 après". C’est gérer le changement social en préservant ce qu’il y a
 de fondamental dans les systèmes sociaux que nos devanciers ont mis en place.
 Il en va ainsi du système de santé.
 Notre système de santé est basé sur trois piliers : la solidarité, la qualité
 de soins accessibles à tous et la liberté de choix. Ces trois principes sont
 menacés faut-il le dire et le rappeler, par le libéralisme sauvage, par ceux là
 même qui parlent uniquement d’assainir quand assainir veut dire, pour eux,
 réduire l’accessibilité, créer l’inégalité.
 La solidarité est menacée par la surenchère communautaire exacerbée par
 d’aucuns en cette dernière année de législature. Les chiffres de
 différentes études récentes montrent que l’image du Wallon profiteur des
 soins de santé est un mensonge, un mythe, un leurre qui pourraient dans
 quelques années se retourner contre ceux-là même qui construisent et
 amalgament.
 Ce n’est pas la qualité des soins qui est menacée, mais se pose le
 problème de l’accessibilité.
 A cet égard, la part supportée par le patient, via les tickets modérateurs a
 atteint un niveau qui ne peut être dépassé, à peine d’exclure des soins
 ceux qui n’en auraient pas les moyens.
 Mais soulignons avec force, que l’action des ministres socialistes des
 affaires sociales successifs, BUSQUIN, MOUREAU, ANSELME et MAGDA, a eu pour
 objectif à travers la franchise fiscale et sociale, d’éviter que les plus
 démunis soient soumis à ces hausses de ticket modérateur.
 Rappelons aussi que l’équilibre de la sécurité sociale, atteint en 1997,
 est l’élément essentiel de sa sauvegarde.
 Une sécurité sociale en déséquilibre serait une proie trop facile pour cette
 droite qui continue à parler de la privatiser, ce qui constitue l’abandon
 de cette solidarité fondamentale.
 Si la réduction du coût du travail, en vue de promouvoir l’emploi à
 travers la réduction des cotisations sociales est souhaitable, elle doit
 s’accompagner de mesures parallèles de financement alternatif de la
 sécurité sociale.
 Proposer de manière incantatoire la réduction des cotisations sociales sans ce
 financement alternatif, je pense aux déclarations du VLD, équivaut à
 s’attaquer à la sécurité sociale, elle-même.
 Dans la démarche dynamique, qui est la nôtre, il faut remettre en exergue les
 mesures récentes prises par le gouvernement et la ministre des affaires
 sociales :
 1. Tout d’abord, l’extension sans précédent de l’accessibilité
 aux soins, condition sine qua non de justice sociale.
 2. Les mesures attendues en ce qui concerne la prise en charge par
 l’assurance maladie invalidité des maladies chroniques. Cela concerne les
 soins de santé eux-mêmes mais aussi lemode d’octroi d’allocations
 familiales majorées pour les enfants victimes de maladies chroniques, comme la
 mucoviscidose, les affections métaboliques, neuro-musculaires et le cancer.
 Au-delà des ressources financières des malades, c’est aussi la prise en
 compte de la maladie elle-même, souvent source de réduction de revenus.
 Rappelons en outre, l’effort demandé aux firmes pharmaceutiques,
 l’augmentation du remboursement de certains médicaments indispensables
 ( je pense en particulier aux tri thérapies pour le sida, mais aussi, hier
 encore, aux médicaments contre la sclérose en plaque) et la réduction au cours
 de cette législature du prix de certains médicaments.
 Beaucoup a été fait, il reste à poursuivre le travail accompli, tenant compte à
 la fois des ressources mais aussi de la nature de la maladie.
 Je terminerai, en soulignant combien la politique de santé dépend de
 l’implication de tous, et qu’elle ne doit pas se faire sans la
 collaboration des prestataires de soins, dans la responsabilité de tout un
 chacun, en remettant au centre de tout le dispositif, le patient, c’est à
 dire le citoyen.
 A cet égard, je peux rappeler l’attachement fondamental de la mutualité
 socialiste au système d’accord médico-mutuelliste.
 Ces accords garantissent la sécurité des patients, ils nécessitent une adhésion
 de tous dans le respect mutuel. Ils impliquent l’acceptation par tous
 d’une évaluation raisonnée et raisonnable des dépenses, en vue de garantir
 que chaque franc dépensé dans le secteur des soins de santé, le soit pour la
 santé de la population.
 C’est dans cette rigueur d’analyse des dépenses, y compris
 l’analyse de l’offre, qu’il sera nécessaire de poser le problème
 de la norme de croissance de 1,5%.
 Il est indispensable de poser le problème de cette norme, car il serait
 inadmissible, sur le plan éthique, au-delà du nécessaire contrôle des dépenses,
 et donc de la rigueur de gestion, que cette norme constitue un frein à
 l’accès de tous aux soins de santé.
 Le socialisme se nourrit de solidarité, mais aussi de responsabilité.
 Un combat, dans lequel, les mutualités socialistes s’engagent pleinement.
 Bon 1er mai.