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Journée de réflexion relative aux maladies environnementales

                                                                                        Sénat, le 17 janvier 2006


Journée de réflexion relative aux maladies environnementales

Intervention de M. PH. MAHOUX 

Aujourd’hui, la médecine moderne est extrêmement performante dans de nombreux domaines. 
Ses succès et son efficacité sont incontestables, notamment dans les domaines de l'urgence, de la médecine périnatale, chirurgicale, de greffe et des maladies infectieuses.
Toutefois, dans nos pays industrialisés, on observe, depuis une vingtaine d'années, une nette progression de maladies chroniques d'étiologie inconnue (maladies rhumatismales, dégénératives, psychosomatiques, allergies, maladies auto-immunes, fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, sensibilité multiple aux produits chimiques, ...) contre lesquelles la médecine a actuellement peu de prise et de moyens et qui alourdissent de manière significative les dépenses de santé des pays occidentaux.
Aujourd'hui, les effets néfastes sur la santé d'un environnement pollué (air, eau, nourriture, habitat, vêtements, produits cosmétiques, métaux lourds, ...) sont admis et reconnus de manière officielle au travers de conférences internationales des ministres de l'Environnement et de la Santé et de nombreux congrès scientifiques, organisés par des sociétés médicales.
Dès 1997, la Commission européenne retenait d'ailleurs les maladies liées à la pollution comme domaine prioritaire de l'action communautaire en matière de santé publique. 


Six ans plus tard, en juin 2003, elle publiait une communication relative à une stratégie « Environnement — Santé » par plans d'actions successifs qui aboutit, le 9 juin 2004, à la ratification du premier Plan d'action européen 2004-2010 en faveur de l'environnement et de la santé.
De même, dès 1989, les États membres de la Région européenne de l'OMS ont tenu des conférences sur l'environnement et la santé, qui ont abouti en juin 2004 à Budapest, lors de la 4e Conférence ministérielle environnement et santé, à l'adoption d'un Plan d'action pour l'environnement et la santé des enfants en Europe                                                                                                                                                                          (CEHAPE).
La notion d'exposition chronique, durable, à faibles doses à des substances nocives, agissant souvent de façon synergique, la notion de bio-accumulation de ces substances dans l'organisme et la notion de susceptibilité individuelle sont essentielles dans cette nouvelle approche médicale holistique et interdisciplinaire, dite « médecine de l'environnement », vers laquelle certains pays comme l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, la Suède, le Grand-Duché de Luxembourg ou encore le Canada, ont investi et font œuvre pionnière.
Dans ce domaine, il convient impérativement d'adopter une démarche conforme à celle prônée par le célèbre médecin et académicien français, Claude Bernard, à savoir une démarche scientifique qui permet d'identifier des symptômes, d'en répertorier la répétition, d'en identifier l'étiologie, afin de tenter une catégorisation non figée permettant de proposer des traitements spécifiques et efficaces.



J’ai déjà eu le privilège de défendre cette approche lors du colloque organisé à l’initiative de l’asbl « Stop poisons santé » , à Habbay-La-Neuve, le 13 mars 2004.
Mme Gaspard , Présidente de ladite association est également présente aujourd’hui et interviendra dans quelques minutes pour nous présenter son  action concrète et les difficultés rencontrées par son organisation au quotidien, quand on est à l’écoute des personnes souffrant de maladies environnementales. 
De nombreux témoignages très poignants ont d’ailleurs été révélés par les actes du colloque précité et , en ma qualité de médecin, je ne pouvais rester insensible aux appels de ces personnes souffrant souvent de douleurs, fatigue, irritations cutanées, troubles de la mémoire ou encore de sensibilités digestives exacerbées… et qui sont malheureusement trop peu entendus.
Je remercie d’ailleurs Mme GASPARD pour son investissement , ainsi que je remercie tous les participants à cette journée de réflexion, pour l’intérêt qu’ils portent à la défense de la qualité de vie de tout un chacun. Car nous sommes tous évidemment concernés par ce dossier extrêmement sensible en termes de santé publique…
Certes, ce n'est qu'à travers cette démarche scientifique que l'on peut tenter effectivement de considérer que la maladie, son étiologie et éventuellement sa prise en charge thérapeutique peuvent être codifiées.
Cependant, il convient également de savoir faire preuve d'un empirisme avisé. C'est essentiel également pour les malades, car la prise en charge ne peut pas être exclusivement liée à tout ce qui est avéré. Sinon, de trop nombreuses pathologies ne seraient jamais prises en charge.


On range  en effet encore trop facilement toutes ces maladies ou syndromes sur lesquels on ne peut mettre d’étiquette dans la nébuleuse des maladies psychosomatiques, sans nier que certaines d’entre-elles peuvent l’être.
A cet égard, je précise que sur le plan mutualiste, nous sommes quelque peu empiriques, puisque, au niveau des mutualités socialistes, nous avons déjà décidé de rembourser, avec des montants limités, des traitements d’acupuncture, d’homéopathie et de chiropractie, puisque l’assurance obligatoire ne les prend pas en compte. 
J’en viens très brièvement aux recommandations de la proposition de résolution que j’ai déposée en septembre dernier avec mon collègue M. Jean CORNIL, aujourd’hui coprésident de nos travaux. 
Il dirige en quelque sorte notre réflexion de ce jour, en partenariat avec Mme VAN DE CASTEELE, Présidente de la Commission des Affaires sociales du Sénat. Je les en remercie à nouveau très sincèrement.
En déposant cette proposition de résolution, nous souhaitions ouvrir le débat au niveau fédéral afin, qu’en partenariat avec tous les niveaux de pouvoir, compte tenu de l'accord de coopération formalisé entre les différents intervenants de la santé et de l'environnement du pays, les responsables politiques prennent des mesures visant à lancer des pistes de réflexions et d'actions pour une politique cohérente et intégrée en matière de maladies environnementales dans notre pays.
Certains aspects de la  problématique seront ainsi  débattus dans le cadre de notre journée de réflexion : 

je pense notamment à :

-	la mise en œuvre de formations en médecine de l'environnement à destination des médecins généralistes (formation continuée),
-	la mise en place d'unités hospitalières de l'environnement, de laboratoires spécialisés dans le diagnostic des maladies environnementales,
-	l’extension sur l'ensemble du territoire belge, des services de détection des pollutions intérieures (ambulances de l'environnement), à l'instar de celles qui existent déjà, afin de mener des investigations dans des habitations privées et d'étendre leur domaine d'action aux écoles, aux crèches ou encore aux bâtiments publics, en effectuant soit des mesures directes, soit des prélèvements qui seront examinés en laboratoire,
-	l'élargissement du dossier médical aux déterminants environnementaux,
-	le développement et la gestion des bases de données relatives à tous les aspects des maladies environnementales avec une collaboration, se traduisant par des échanges de données dans l'ensemble de notre pays,
-	le soutien d'une politique de recherche scientifique en matière de maladies environnementales et la détermination de priorités en la matière,
-	l’instauration, en collaboration avec l'INAMI, les organismes-assureurs, les acteurs de la médecine du travail, des mesures devant aboutir à la reconnaissance et à la prise en charge des maladies environnementales, et cela dans le cadre des diverses expériences des pays de l'Union européenne.

        Je vous remercie de votre attention